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01/07/2015

Un taureau fonce dans la foule a vauvert (Souvenir…)

30/06/2015

Lou Biòu (LE TAUREAU)

 

À Henri de Montherlant.

EUROPE-ET-LE-TAUREAU.jpg

Quand est venue la nuit profonde,
Quand seul, le renard rôde 
Dans les Costières, quand là-haut, l’une après l’autre,
Se sont éteintes toutes les lumières,
On dit que de lents craquements se font entendre dans les bosquets
Du côté des Îles, au bord des marais.
 
Du pays où nulle empreinte
D’homme ni de cheval ne se marque,
Du désert humide de fondrières et de roseaux,
De fanges et de fourrés,
Sort un taureau fabuleux, pataugeant dans l’eau blafarde,
Tout noir sur le ciel couleur d’encre.
 
Et reniflant l’odeur marine
Le monstre cornu s’achemine.
Les gardians, qui de nuit vont conduire des courses, l’ont vu,
Ombre lointaine qui les suit.
Alors, une démence s’empare des taureaux
Et tout s’affole et tout s’enfuit
 
Ils affirment que ce monstre
N’est qu’un leurre, un spectre.
Et quand la mer bondit, que dansent les étangs,
Son beuglement se mêle au vent d’Est.
Lorsque les feux de marais sur dix lieues font rempart
Il gratte du sabot dans le brasier ardant.
 
Pour si loin que l’on se tourne vers le passé,
Il paraît que tout bas, les ancêtres,
Le soir à la veillée ont parlé de lui dans les cabanes,
Du Cavau jusqu’à Quincandon,
Sans que personne n’ait pu le voir de près
Ni définir sa nature.
 
Un soir de cet automne,
À la recherche d’une vache échappée,
Je m’aventurais sur le tard, en dehors des pistes
Sur les terres salées du Courrejau.
La lune paraissait, ballon de sang qui nage
Au milieu d’un nuage empourpré.

Tout à coup mon cheval dresse les oreilles :
Géante, une ombre rampe.
Sur la terre blanchie par le sel, à vingt pas devant moi,
Le taureau de la légende, le sphinx vivant
S’est arrêté, dardant la flamme verdâtre
De ses yeux ronds sur les miens.
 
J’étais stupéfait. Mais enfin, m’écriai-je :
"Ho ! Ho ! Hou ! Où vas-tu, épouvantail ?
Pour voir si tu es fantastique ou de chair
Puisque le grand hasard
Te fait me rencontrer, je vais te poursuivre avec mon fer
Et élucider ton origine !"
 
Mais bien loin de s’enfuir,
Le grand taureau allongea le museau
En beuglant doucement vers moi, et son mugissement
Se comprenait comme des paroles…
Dans l’immense solitude enveloppant plaines et hauteurs
Je commençai à trembler.
 
"Gardian, me disait l’énorme bête,
Tu peux donner la chasse aux autres taureaux.
Garde ton trident à l’étrier et sois sans émotion :
Tu as fait plus qu’il était possible 
Pour sauver du chaos l’antique et noble race…
Tu demandes qui je suis ? Je suis le Taureau !
 
Je suis le Taureau qui depuis l’Asie
Jusqu’aux forêts de Ligurie,
A régné par la Joie, par l’Art et par le Sang 
Sur les peuples méditerranéens.
Mon image orna les temples d’Assyrie.
J’ai donné ma force aux Romains.
 
Je suis Apis, je suis le Minotaure,
Je suis le Souffle que nul ne peut enclore,
Moi qui aime être enfermé dans le cercle de vos chevaux,
Le Souffle que le Créateur a répandu
Pour que la Forme vive. J’ai connu les Centaures,
Et j’ai été le Dieu Mithra.
 
L’Homme, quand il errait librement
Sans frontières et sans entraves,
Dans les plaines du Rhône, sur les rivages de la mer,
M’immolait sur mon autel.
Comme aujourd’hui, il m’adorait et me persécutait ;
Et je le nourrissais de ma chair.
 
Je sais l’endroit où, sous le dais
Des pins parasols, le roi des Salyens,
Nann, plantait ses tentes en peau, quand il revenait
À la tête de mille guerriers
Dont les coiffes de plumes ondoyaient au vent "grec"
Pour décimer mon noir troupeau.

J’étais là, lorsque, là-bas, dans les collines
Qui dominent la plage molle,
À la fin d’un festin, amoureuse, Gyptis
Offrit la coupe à Protis…
Un jour j’ai vu venir sur les vagues qui courent
La barque des tantes du Christ.
 
Et pour compagne aux grandes dames
Je donnai Sarah, ma prêtresse…
Puis, à la clarté nouvelle, la Provence est montée
Et je suis resté à travers les siècles
Moi, le loyal symbole de force et de noblesse,
Offrant mon sang à profusion.
 
Mais laissons là les choses lointaines :
Car si la même mer nous ceint,
Beaucoup d’eau a coulé dans les embouchures depuis les Ligures !
L’Homme déchire de sa fureur
Les territoires encore vierges, et d’une même teinte
Il mâchure tout dans la laideur.
 
Où sont les forêts qui nous abritaient
Des rafales du vent ?
Les sylves immenses où nous nous cachions l’hiver,
Sans même voir de gardians,
Nos forêts inviolées, tièdes et silencieuses
Où nous mourions et renaissions ?
 
Hélas ! Bientôt, là-bas, vers les Saintes,
Plus de sablières, lieux de mirages !
Ils bouleversent tout, Bois des Riège et Mornès,
Et comblent le Vaccarès !
Plus de flamants planant comme des fleurs volantes
Sur Malagroi et sur Ginès !
 
Bientôt même plus de salicornes !
Sous la croix plus de cabanes
Fumant dans le couchant ! Et les chars pesants
Partout à la place des chevaux !
Plus de castors rongeurs au ras des eaux planes,
Plus de voiles au vent des flots !…
 
Arrière ! Ne dépassez pas davantage les limites,
Niais destructeurs ! Et si jusqu’à présent
Vous vous êtes crus les maîtres, vous attendrez la fin.
C’est moi qui suis l’âme, le destin
De la Terre de sel et vous boirez de l’eau amère
Autant que vous aurez vendu de vin !
 
Là-bas où brille le Vaccarès,
Gardian, tu connais Anatalia,
L’opulente cité qui maintenant dort, muette,
Noyée du côté du Trou d’Or ?
Les siens aussi croyaient faire des miracles
Avec leurs vignobles et leur port.
 
Abandonnant les coutumes de leurs pères
Ils ne voyaient plus que lucre et affaires.
Ils n’avaient pour le Taureau ni foi ni amour,
Et sans autel, sans honneur,
Ils l’assassinaient… Enfin ! J’ai purgé le territoire
En les précipitant au gouffre.
 
O Chevaliers de la Comtesse,
Vous voulez connaître ma gageure ?
En luttant avec le Taureau vous gagnez le grand Combat !
Plaignez les peuples du Septentrion :
De l’ordre divin, de son plan, de son but, de son élévation
Ils n’aperçoivent qu’un faux reflet !
 
Gardian, regarde le déploiement
De la création infinie :
Partout tu verras que l’Harmonie naît d’un choc.
Regarde dans le ciel ouvert :
Il faut du sang et de la mort pour engendrer la Vie.
Le Créateur lui-même a souffert.
 
Béni celui qui, de la loi fatale
Suivant l’éternelle raison,
Apporte au sang nécessaire, sans fausse pitié,
Le saint viatique de la Beauté !
Remercie le Taureau, nation Méridionale,
Face à Dieu, il sauve ta fierté !
 
Aujourd’hui j’ai pour temples tes grands cirques
Où la foule appelle aux tridents.
Aux Saintes, en mai, comme il y a trois mille ans,
Je rassemble le peuple des Gitans.
Et - ayant mon trône pour autel - (o mystère !)-
Sarah veille encore sur le feu saint.
 
Race d’Oc, tant que tes jeunes gens
Garderont leur croyance au Taureau,
Je te le promets, je serai ton talisman et ton bouclier.
M’incarnant dans ta foi, pareillement
Que je fus Apis, je serai pour toi Le Provence,
Le Paré et le Sanglier !
 
Je suis le Taureau ! Provence généreuse,
J’ai lié avec le fil d’Ariane
L’Orient à ton destin, Homère à ton Mistral,
Et la cocarde d’Idéal,
L’Etoile aux Sept Rayons, je l’ai portée à Maillane
Pour ton Poète, à mon frontal !"
 
Le grand Taureau se tut. Tout d’un coup
La lune venait de se cacher.
Je ne voyais plus que l’obscurité, mais d’un grand frémissement 
Tressaillit ma monture,
Et l’Etoile, un instant brilla dans la nuit brune
Comme un éclair au firmament.
***

Traduction de Simbèu.

P.-S.

Abrivado Longues Raphèle-lès-Arles 28-06-2015

29/06/2015

Andarta, la déesse guerrière des Voconces

 

 

Statuette en bronze représentant Artio

par Jean-François DELFINI

 

Les Voconces – latin Vocontii – sont un peuple gaulois mentionné par Cicéron, Pline (1), Justin, Ptolémée, et dont le nom vient soit de *voconti, « les vingt tribus », soit de *vo-conti, « les deux cents ».Ils occupaient un territoire important, conquis sur les Ligures au IVe siècle, englobant le Vercors au nord, les contreforts du Ventoux au sud-ouest, Manosque au sud-est et Embrun à l’est, réparti sur 5 départements actuels : DrômeIsèreHautes-AlpesAlpes-de-Haute-ProvenceVaucluse (2). Ils étaient délimités par les Allobroges au nord, les Tricastini de Saint-Paul-Trois-Châteaux à l’ouest, les Medullii de Mévouillon et les Tricorii de la vallée du Drac à l’est, les Cavares d’Orange et les Memini de Carpentras au sud. La confédération voconce comprenait deux autres peuples : les Avantiques de la région de Gap, et les Sogiontes de la région de Sisteron. Les Avantiques s’en détachèrent au milieu du Ier siècle après J.-C, tandis que les Sogiontes prirent leur indépendance vis-à-vis au IIème siècle après J.-C. Dans le courant du Ier siècle avant J.-C., les Voconces signèrent avec Rome un traité d’amitié (fœdus) qui leur permit de garder une certaine autonomie. Un praetor et un sénat dirigeaient la cité, assistés par des praefecti envoyés dans les circonscriptions périphériques (les pagi), lesquels étaient conseillés par des assemblées locales (vigintiviri). Dès cette époque, ils avaient pour chefs-lieux Lucus Augusti, Luc-en-Diois, et Vasio, l’actuelle Vaison-la-Romaine. Entre le IIe et le IIIe siècle, les villes deGapSisteron et Vaison se séparèrent de la cité des Voconces, laquelle se retrouva centrée sur la vallée de la Drôme, avec Dea Augusta (Die) comme nouvelle capitale (3). Cette ville, qui fut honorée du statut de colonie, s’entoura d’un rempart au Bas-Empire et devint le siège d’un évêché en 325. A noter qu’au Ve siècle, lors des conciles d’Orange (441) et de Vaison (442),  Audentius, évêque de Die, était encore qualifié d’évêque des Voconces : « Ex provincia civit. Voconsiorum Audentius episcopus » (4).

Huit textes mentionnant Andarta sont actuellement répertoriés, tous « trouvés dans un périmètre limité (ville, banlieue, combe et avant-pays oriental de Die) à 20 km autour de la ville » (5) : quatre à Die même, une à Aurel, une à Sainte-Croix, une à Luc-en-Diois et une au lieu-dit « Le Cheylard », sur la commune d’Eygluy-Escoulin. Le culte d’Andarta était apparemment très populaire chez les Voconces, ainsi que l’attestent les inscriptions votives en son honneur : le nom complet de cette déesse est DEAE ANDARTAE ou DEAE AVGVSTAE ANDARTAE, signifiant que son culte a été officialisé dans le panthéon romain, sans doute au IIème siècle. Pour Auguste Longnon, « toutes ces inscriptions font précéder le nom d’Andarta du titre de “déesse“, dea, sous lequel il est vraisemblable qu’on désignait vulgairement Andarta, puisque c’est de ce mot que vient le nom de Die » (6). En effet, la ville de Die doit son nomDea  Augusta Vocontiorom (déesse gauloise des Voconces) au culte local d’Andarta, romanisée sous le nom de Dea Augusta.

Etymologiquement, le nom Andarta semble être d’origine celtique : il se compose du préfixe augmentatif ande, et d’artos, ours (vieil islandais art, gallois arth, breton arz). Il signifierait donc « la grande ourse », ce qui donnerait à penser qu’originellement « Andarta chez les Voconces, est sans doute une déesse des ours » (7).

J. de Vries, se demande si Andarta n’était pas invoquée par les chasseurs en tant que protectrice des ours (8). Or, justement, une inscription atteste de l’existence, à Die, d’ « un collège de chasseurs et de ceux qui étaient chargés des jeux du cirque, où l’on montrait notamment des ours », souligne Robert Turcan dans Les religions de l’Asie dans la vallée du Rhône (9). Toutefois, dans l’inscription en question, il n’est nulle part question d’ours… A noter que Cybèle avait aussi des liens avec la chasse et les fauves. Or, comme elle, Andarta portait le titre d’Augusta ! Robert Turcan en déduit que c’est la même divinité qui, à Luc-en-Diois, était adorée sous le nom de Dea Augusta (10). Pour sa part, P.M. Duval estime qu’« Andarta, chez les Voconces, est à coup sûr une déesse de la guerre et rappelle l’Andrasta dont la reine Boudicca implorait la protection contre l’envahisseur » (11).

Andrasta, la bretonne

Andrasta est liée à l’histoire de Bouddica, la reine du peuple des Icéni, en (Grande) Bretagne, qui nous est connue grâce au témoignage fourni par Dion Cassius dans son Histoire romaine (12). En 61 de notre ère, ayant été insultée par les occupants romains à cause d’une spoliation d’héritage, la reine prit la tête d’une révolte. Les cités de Camulodunum (Colchester) et Londinium (Londres) furent dévastées et leurs habitants, colons romains, massacrés. Les femmes romaines ne furent pas épargnées, Bouddica les faisant sacrifier en l’honneur de la déesse Andrasta qu’elle avait invoquée pour la réussite de l’entreprise, en ces termes : « Je te remercie ô Andrasté et je t’invoque, comme une femme fait appel à une femme. Je ne commande pas, comme Nitocris à des portefaix égyptiens, ni à des marchands assyriens, comme Sémiramis – en voilà des choses que nous avons apprises grâce aux Romains ! – et certes moins encore à des Romains, comme naguère Messaline et Agrippine, et aujourd’hui Néron – il porte un nom d’homme, mais en fait c’est une femme, comme le prouvent ses chants, sa lyre et son souci de la parure -;  je commande à des Bretons qui ne connaissent ni la culture ni le travail des artisans, mais qui savent très bien faire la guerre, et qui estiment que tout à la même valeur, y compris les femmes et les enfants, qu’ils placent pour cela sur le même plan que les hommes.

« Etant la reine de tels hommes et de telles femmes, je te prie et je te demande le salut, la victoire et la liberté contre des orgueilleux, des injustes, des avides et des impies, si du moins il faut donner le nom d’hommes à ces gens qui prennent des bains chauds, mangent une nourriture apprêtée, boivent du vin pur, dorment en des couches moelleuses avec de jeunes gens et qui, passé l’âge, sont les esclaves d’un joueur de lyre, et d’un mauvais de surcroît.

« Fasse que ne règne pas plus longtemps, ni sur moi ni sur vous, ce Néron femelle, cette Domitia. Quelle règne avec ses chants sur les Romains, et ils sont bien dignes d’être les esclaves d’une femme de cette sorte, dont ils supportent depuis si longtemps la tyrannie. Mais pour nous, ô Maîtresse, sois à notre tête, seule et pour toujours».

Rapportant les événements survenus lors de la révolté dirigée par la reine Boudicca, l’auteur antique la mentionne à deux reprises, mais, selon les versions des copies médiévales, sous deux orthographes différentes; de plus, dans un manuscrit, une seconde main a corrigé la première forme donnée par Dion Cassius. Si l’on se place d’un point de vue strictement étymologique, il semble que ces trois noms soient en fait des altérations d’Andarta. Le premier, Adrastè, pourrait résulter d’une confusion avecAndrasteia, « l’Inévitable », épithète de Némésis et de Cybèle (13); le deuxième nom, Andatè, devrait être lu, selon J. Whatmough, Andartè (14); quant au troisième, Andrastè, C.-J. Guyonvarc’h assure que ce nom « est une forme populaire ou tardive d’Andarta, par métathèse de – ar – et modification du suffixe (t>- st -) » (15). Il est donc probable que les déesses britonnique et dioises ne soient à l’origine qu’une seule et même divinité guerrière.

L’ours et la guerre

Comme le loup, l’ours, par sa force et son courage, est le symbole de la caste guerrière. Il a donné lieu à des initiations martiales en Europe,  où s’organisèrent des confréries d’hommes-ours, la plus célèbre regroupant les berserkir, ou « guerriers à enveloppe d’ours », voués à Odin, que l’Ynglingasaga dépeint comme invincibles. Si le monde celtique accorde une importance particulière à l’ours, dont les symboles comme les canines et les griffes sont les attributs des guerriers, l’animal roi est souvent associé au pouvoir et à la souveraineté royale. Son nom, artos, se retrouve ainsi dans celui du souverain celtique mythique Arthur, le roi-ours, que le conte de Kulhwch et Olwen nous montre traquant la laie blanche Twrch Trwyth et ses petits, traduisant la querelle de la Royauté guerrière et du Sacerdoce.

Rappelons, en effet,  que chez nos ancêtres indo-européens, l’ours, qui symbolise la classe guerrière, s’oppose au sanglier qui est le symbole de la classe sacerdotale. Maintes traditions indo-européennes (celtes, germanique, indiennes, grecques), ont traduit sous formes de mythes la révolte des représentants du pouvoir temporel, des guerriers, des kshatriyas indiens, ayant l’ours pour emblème, contre les représentants de l’autorité spirituelle, les prêtres, les brahmanes indiens, symbolisés par le sanglier. Bernard Marillier insiste notamment sur le mythe de « la chasse du sanglier de Calydon par Atalante, la “fille de l’Ourse“, qui narre le remplacement du “cycle du Sanglier blanc“ de nature polaire, le Shwêta-varâha-kalpa, le Centre originel polaire étant désigné comme la “Terre du sanglier“ ouVarâhi, par un nouveau cycle, le“cycle de l’ours“, de nature solaire à l’origine, la “Terre du sanglier“ devenant la “Terre de l’ours“, alors que, sur le plan cosmologique, la constellation polaire originelle du Sanglier ou de la Balance devint celle de la Grande Ourse ou Sapta-riksha chez les Hindous, demeure symbolique des sept Rishi ou des sept “Lumières » par lesquels fut transmise aux cycles suivants la Sagesse du cycle primordial » (16).

En Chine, cette opposition se traduisit par la lutte entre deux dynasties, les Miao, ou « sangliers », et les Hia, ou « ours ». Ces derniers adoptèrent le svastika dextrogyre, représentation symbolique du mouvement giratoire annuel de la Grande Ourse. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les Gallois nommentcerbyd Arth, « chariot d’Arthur », les constellations à symbolisme polaire de la Grande et de la Petite Ourse. A rapprocher de l’étymologie d’Andarta, « la grande ourse » voconce, déesse de la guerre…

Les déesses guerrières celtiques

La présence chez les Celtes de divinités guerrières féminines est désormais un fait avéré. DansMorrigan Bodb Macha – La souveraineté guerrière de l’Irlande (17), Christian-J. Guyonvarc’h et Françoise Leroux démontrent que, dans le mythe et l’épopée celtiques, la guerre relève de la divinité féminine souveraine, fille, sœur, épouse et mère de tous les dieux. L’aspect guerrier de cette divinité féminine unique est incarné par la Morrigan (Morrighan, Morrigu, Morgan), la « Grande reine » ou « Reine fantôme », épouse du dieu-druide Dagda. Connue aussi sous les noms de Bodb, la « Corneille », et Macha, la « Plaine », les irlandais la symbolisait par trois corneilles. Déesse de la Guerre et de la Mort, Morrigan régnait sur les champs de bataille. Capable de se transformer en animal (louve, corneille), utilisant la magie pour influer sur l’issue des combats, elle aidait le guerrier grâce à ses prédictions, et était aussi capable d’inspirer la panique ou de posséder un guerrier au point de le faire entrer dans une frénésie meurtrière. Pareille à l’Aurore védique Usas, elle se déplaçait sur les champs de bataille dans un équipage rouge, sur un char guidé par un cheval rouge à une seule jambe. Le récit mythique Tain Bo Cuailnge (ou littéralement « Rafle des vaches de Cooley ») la décrit de la sorte : « Une femme rouge avec deux sourcils rouges était dans le char, et son manteau et son vêtement étaient rouges ».

Les Celtes du continent possèdent, eux aussi, leurs déesses guerrières. Par exemple, on trouve en Gaule Nemetona, la parèdre de l’irlandaise Nemain. Cette dernière est une représentation de Bodb, l’une des trois Morrigan. Son nom signifie « frénésie », « panique », et dans la bataille finale de Tain Bo Cuailnge, elle provoque la mort de nombreux guerriers rien que par l’effroi qu’elle inspire. Nemetonaétait fréquemment associée à Mars, et une inscription en Bavière est dédiée à « Marti et Nemetonae ».

Autre déesse guerrière  gauloise, Cathubodva (ou Cathubodua), ainsi qu’en témoigne une inscription sur un autel découvert à Mieussey,en Haute-Savoie (18). Son nom, composé de catu-/gatu-(combat, guerre, bataille) et de boduos/boduo (corneille), signifie « la corneille du combat ».  C’est l’égale de laBadh catha irlandaise, « la folie guerrière », épouse de Net, dieu de la guerre, sœur de Macha etMorrigan avec lesquelles elle forme une triade, et qui prend souvent la forme d’un corbeau.

Contrairement aux Grecques et aux Romaines, la femme celte a toujours tenu le même rang que son mari. En tant qu’égale en droit, elle peut participer, à ses côtés, aux combats. L’historien Tacite décrit les femmes de l’Ile de Bretagne accompagnant leurs maris à la guerre : « L’armée romaine fait face sur le rivage à une foule dense de guerriers armés et de femmes criant des imprécations, vétues de noir comme les Furies, les cheveux en désordre, et brandissant des torches ». La valeur guerrière de la femme gauloise est attestée par le témoignage de contemporains comme Amnien : « Qu’un Gaulois ait une rixe, il appelle à son aide sa femme, plus vaillante que lui, et même une troupe d’étrangers ne pourra leur résister : le cou gonflé, frémissante, balançant ses bras robustes d’une blancheur de neige, tout en jouant des talons, elle porte en avant ses poings comme une catapulte ». Conclusion : « Une troupe entière ne peut résister à un seul Gaulois s’il appelle sa femme à l’aide » (19).

Artio

Nous retrouvons un théonyme proche d’Andarta dans Artio, nom d’une déesse gallo-romaine attestée par quatre inscriptions, dont la plus célèbre sur une statuette en bronze, datée de la fin du IIème siècle, et mise à jour à Muri, dans les environs de Berne, en Suisse. La déesse est représentée face à un ours, peut-être femelle – sur ses quatre pattes, tête relevée et gueule entrouverte laissant apparaître deux canines -, vêtue à la romaine, et à côté d’une petite colonne sur laquelle se trouve une corbeille de fruits. La sculpture repose sur un large socle rectangulaire, en bronze également, portant l’inscription suivante : Deae Artiono/Licinia Sabinilla, soit « A la déesse Artio/de la part de Licinia Sabinilla ».

Son nom, composé de artos (féminin arta), ne signifierait pas l’ourse, mais plutôt celle qui s’occupe des ours, qui dompte les ours, et Artio serait une déesse patronne des ours, et non une déesse-ourse. Félix Guirand, dans sa Mythologie générale, rapproche son nom de celui de la déesse grecque Artémis,arctos en grec signifiant ours. Artémis, déesse-ourse protégeant la virginité et la fécondité des femmes, donnait lieu à un culte secret qui reposait sur des rites de passage réservés aux jeunes filles déguisées en ourses. La bête incarnait alors la virginité fécondée sans intervention masculine, uniquement grâce à un acte divin de Zeus (préfiguration païenne de la fécondation d’une vierge par l’Esprit-saint dans le christianisme…). Pour Félix Guirand, Artio serait l’équivalente d’Artémis (20). P.M. Duval, pour sa part, y voit plutôt une déesse de protection de la prospérité terrienne… Ne s’agirait-il donc pas d’une déesse-ourse de la fécondité, des accouchements et de l’abondance, relevant de la fonction nourricière?

Incarnation, quant à elle, de la fonction martiale, Andarta, la « Grande-Ourse », nous rappelle l’existence, du soleil de la Drôme aux brumes de Bretagne et d’Irlande, de farouches déesses guerrières celtiques. 

Jean-François Delfini, Grande Provence, été 2011, n°3, pp. 54-58.

NOTES

(1)  Pline, Histoire naturelle, III, 6.

(2) G. Barruol, Les peuples préromains du Sud-Est de la Gaule, 1er suppl. à la Rev. Archéo. de Narbonnaise, Paris, 1969.

(3) J. Planchon, « De Luc à Die : le chassé-croisé des capitales voconces », dans Capitales éphémères(Actes du colloque de Tours, 6-8 mars 2008), 25e suppl. à la Rev. Archéo. Du Centre de la France, Tours, 2004, pp. 233-245.

(4) U. Chevalier, Regeste Dauphinois, Valence, 1912, n°75 et 77.

(5) H. Desaye, La problématique des inscriptions des Voconces septentrionaux, Ecole antique de Nîmes, 23, 1992, p. 41.

(6) A. Longnon, Les noms de lieu de la France : leur origine, leur signification, leurs transformations, E. Champion, Paris, 1920, p. 115.

(7) P.M. Duval, Les dieux de la Gaule, Petite bibliothèque Payot, Paris, 1976, p. 58.

(8) J. de Vries, La religion des Celtes, Payot, Paris, 1963, p. 123.

(9) R. Turcan, Les religions de l’Asie dans la vallée du Rhône, Leyde : Brill, 1972, p. 75.

(10) Ibid, p. 76.

(11) P.M. Duval, Les dieux de la Gaule, op. cit., p. 57.

(12) Dion Cassius, Historia romana, LXII, 6, 7.

(13) H. Graillot, Le culte de Cybèle Mère des Dieux à Rome et dans l’empire romain, Fontemoing et cie, Paris, 1912, pp. 204-205.

(14) J. Whatmough, The Dialects of Ancient Gaul. Prolegomen and records of the dialects, Harvars University Press, Cambridge (Massachusetts), 1970, p. 193.

(15)  C.-J. Guyonvarc’h, « Notes d’Etymologie et de Lexicographie Gauloises et Celtiques XXIX »,Celticum, XVI, 1967, p. 235.

(16) B. Marillier, Le Svastika, Pardès, Puiseaux, , 1997, p. 39.

(17) C.-J. Guyonvarc’h, F. Le Roux, Morrigan Bodb Macha – La souveraineté guerrière de l’Irlande,Ogam-Celticum, Rennes, 1983.

(18) CIL 12, 02571.

(19) Amnien, XV, 12.

(20) F. Guirand, Mythologie générale, Larousse, Paris, 1994, p. 204.

 

 

28/06/2015

LES TRADITIONS CAMARGUAISES ET LA BOUVINE

 

La Bouvine est l’ensemble des manifestations et des traditions liées au

taureau de Camargue.

Nîmes est languedocienne géographiquement seulement : ses traditions et

ses coutumes sont, elles, profondément ancrées à la Terre Camarguaise.

La Petite Camargue, qui est son territoire, se situe à la croisée du

Languedoc et de la Provence.

Comme le dit si bien Michel Droit : Fière de ses origines, fidèle à ses

souvenirs, jalouse de ses traditions, cette Camargue gardianne est, pour

nous, la vraie Camargue. Son royaume est l’espace, sa religion est le

rêve, son dieu est le taureau.

 

Les origines du taureau de Camargue :

 

La légende est belle. Selon elle, c’est à Héraclès que l’on doit les taureaux

de Camargue.

 

 

L’un des 12 travaux d’Hercule consistait à aller voler des boeufs vers le

détroit de Gibraltar. Il les aurait ramenés sur une nacelle d’or.

Si l’on en croit la seconde version, le héros a fait halte à la Fontaine de

Nîmes où il a rencontré une jeune bergère.

De leurs amours est né Nemausus, génie de la Fontaine et de la Ville.

Pendant qu’Héraclès est avec la bergère, les animaux du troupeau

s’ébattent dans la campagne avec les aurochs indigènes, ce qui aurait

donné naissance aux ancêtres des taureaux de Camargue (les gardians de

ces troupeaux étaient eux appelés les centaures des marais).

Nîmes a toujours été marquée par le taureau puisque la Porte Auguste,

porte principale de la ville romaine, est ornée de têtes de taureaux ainsi

que les Arènes.

L’emblème de la ville est resté une tête de taureau jusqu’à ce que

François 1er rétablisse les armoiries actuelles qui sont le crocodile et le

palmier.

On a même découvert des ossements de boeufs datant de l’âge de fer

attestant d’animaux de petite taille. Les taureaux de Camargue

descendraient donc de ces petits taureaux antiques.

Au 19ème siècle la race a failli disparaitre car les éleveurs les ont accouplés

avec des taureaux espagnols. C’est le Marquis de Baroncelli qui, au début

 

du 20ème siècle, a retrouvé la race originelle.

 

Les origines du taureau de Camargue :

La légende est belle. Selon elle, c’est à Héraclès que l’on doit les taureaux

de Camargue.

L’un des 12 travaux d’Hercule consistait à aller voler des boeufs vers le

détroit de Gibraltar. Il les aurait ramenés sur une nacelle d’or.

Si l’on en croit la seconde version, le héros a fait halte à la Fontaine de

Nîmes où il a rencontré une jeune bergère.

De leurs amours est né Nemausus, génie de la Fontaine et de la Ville.

Pendant qu’Héraclès est avec la bergère, les animaux du troupeau

s’ébattent dans la campagne avec les aurochs indigènes, ce qui aurait

donné naissance aux ancêtres des taureaux de Camargue (les gardians de

ces troupeaux étaient eux appelés les centaures des marais).

Nîmes a toujours été marquée par le taureau puisque la Porte Auguste,

porte principale de la ville romaine, est ornée de têtes de taureaux ainsi

que les Arènes.

L’emblème de la ville est resté une tête de taureau jusqu’à ce que

François 1er rétablisse les armoiries actuelles qui sont le crocodile et le

palmier.

On a même découvert des ossements de boeufs datant de l’âge de fer

attestant d’animaux de petite taille. Les taureaux de Camargue

descendraient donc de ces petits taureaux antiques.

Au 19ème siècle la race a failli disparaitre car les éleveurs les ont accouplés

avec des taureaux espagnols. C’est le Marquis de Baroncelli qui, au début

du 20ème siècle, a retrouvé la race originelle.

 

LA COURSE CAMARGUAISE

 

 

L’origine de la course est le Jeu Taurin où animaux divers et valets de

ferme combattent et jouent avec le taureau.

Le plus ancien témoignage sur l’origine de la course camarguaise remonte

en 1402 en Arles où une course avait été donnée en l’honneur de Louis II,

Comte de Provence.

 

 

Un peu plus tard, ces jeux de cirque sont critiqués et l’on passe à un jeu

moins cruel, les éleveurs de taureaux prenant conscience de l’importance

de la race de taureau « Camargue » qui le prédispose à la course plutôt

qu’à la production de viande.

Dans ce jeu, l’homme (le razeteur), joue avec le taureau : une cocarde,

des glands et ficelles sont fixés sur les cornes de l’animal et des primes

sont attribuées à celui qui ira décrocher à l’aide d’un crochet, l’attribut:

La course camarguaise est née.

Elle devient course libre, après avoir été interdite pendant plusieurs

années, en 1852 sous Napoléon III.

La première a eu lieu à Vergèze, près de Nîmes, le 14 août 1852.

 

 

 

LA FÊTE VOTIVE

 

Les habitants des villages de petite Camargue et autour de Nîmes se

retrouvent chaque année durant la fête votive pour un pur moment de

convivialité, mais, la fête, c’est avant tout l’amour du taureau.

C’est lui le roi de la Voto, institution qui a ses racines dans la société

rurale du XIXe et début du XXe siècle.

A cette époque, les fêtes se célébraient après les récoltes, aujourd’hui la

plupart se déroulent en plein été.

 

L’ABRIVADO

 

Le matin, les gardians vont « aux prés » trier les taureaux, pour les

emmener aux Arènes, et sur le parcours le jeu consiste à faire échapper le

taureau : c’est l’Abrivado.

Ces matinées aux prés attirent beaucoup de personnes qui viennent y voir

trier les taureaux et déjeuner d’un pique-nique souvent bien arrosé : c’est

 

le Déjeuner aux Prés.

 

 

LA BANDIDO

 

Le soir, les taureaux empruntent le même itinéraire pour rentrer aux prés

entourés des gardians selon le même rituel : c’est la Bandido ou

échappée.

Après l’Abrivado, une vache pour les jeunes est lâchée dans l’arène, puis

vient l’heure de l’apéritif, du concours de boules et la course camarguaise

de l’après-midi. Après la course, c’est la Bandido, suivie de l’apéritif et du

bal jusque tard dans la nuit.

De plus en plus de villages organisent aussi, pour leur fête, une journée à

l’ancienne durant laquelle on se rend aux prés en calèche, habillés comme

 

à la vieille époque.

 

27/06/2015

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